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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 07:41

Monsieur le Président,

Amiral,

Monsieur le Président directeur général,

Mes Chers collègues,

Mesdames, Messieurs,

 

L’heure tourne et malheureusement nous allons devoir interrompre nos débats. Leur qualité, l’engagement de chacun, l’importance de ces thèmes pour l’avenir de notre pays pourraient nous conduire à en discuter toute une journée. Et je ne suis pas sûr qu’une journée y suffirait.

Je retire de ces échanges la conviction que nous avons, dans ces domaines, des atouts considérables. Il y a une réelle identité maritime française acquise au cours de décennies. Nous avons des capacités commerciales, militaires, industrielles de premier plan qu’il nous faut défendre dans un monde où le centre de gravité est en train de se déplacer vers l’Asie. J’ai la conviction que, dans ce contexte, la France doit conserver sa maîtrise des technologies de la mer et sa présence sur tous les océans du globe où nous avons des territoires et des intérêts à défendre.

Comme l’a dit un des intervenants, le monde maritime et naval est celui des temps longs. Construire une marine océanique suppose une vision et un investissement de long terme. C’est ce que la France a su jusqu’à présent préserver. Ce savoir-faire peut disparaître très rapidement, comme l’ont expérimenté les Britanniques en matière de groupement aéroporté. Il nous faudra donc, dans les prochains mois, faire des bons choix, mesurer les enjeux stratégiques, économiques et industriels qui se cachent derrière le choix capacitaire.

Les dernières opérations extérieures, notamment la Libye, ont montré la maturité, la polyvalence et l’interopérabilité de notre marine. Elles confirment la pertinence des choix effectués ces dernières années. Le groupement aéronaval a accédé avec le Rafale à un niveau de performance encore jamais atteint. Pour autant, il ne faut pas se leurrer. Notre capacité à sécuriser nos voies maritimes d’approvisionnement, à assurer notre souveraineté sur nos territoires d’outre-mer dispersés sur les trois océans dépendra de notre capacité financière à renouveler notre flotte.

La France maritime est un atout pour notre pays dans cette période où notre tissu industriel subit chaque jour des délocalisations. Ce que j’ai entendu ce matin, je pense à Patrick Boissier bien sûr, mais également aux autres intervenants dans la salle, c’est le constat des forces et des atouts d'un secteur trop souvent ignoré des Français, mais dont le rôle peut être crucial pour la croissance de demain.

C’est une carte à jouer, c’est une carte à défendre. Car la multiplication des activités économiques marines suppose une intervention croissante des Etats. Non seulement parce que nous assistons à une augmentation de la criminalité et de la violence en mer –l’Amiral s’en est fait l’écho– mais aussi parce que les ressources de notre espace maritime, comme de notre savoir-faire industriel sont l’objet d’une convoitise croissante des Etats.

Vous avez, Amiral, parfaitement illustré le rôle de la marine dans la défense de nos intérêts économiques et stratégiques. Plus que de long discours, vos exemples concrets ont montré combien la maritimisation était le lieu d’une imbrication entre civil et militaire.

Le développement rapide du transport maritime nous a imposé un effort de sécurisation des voies d’approvisionnement. Le développement du offshore comme des énergies renouvelables marines demandera un effort accru de sécurisation des activités sédentaires en mer.

Comme le disait le général de Gaulle en 1969 à Brest : « L’activité des hommes se tournera de plus en plus vers la recherche de l’exploitation de la mer. Et, naturellement, les ambitions des Etats chercheront à la dominer pour en contrôler les ressources… »

Mais il faut pousser le raisonnement plus loin encore. La montée en puissance des marines des BRIC et les velléités d’appropriation des espaces maritimes constituent un nouveau défi pour la France et pour l’Europe. Si nous voulons préserver la liberté de navigation en mer et notre propre liberté d’action, il ne faut pas baisser la garde.

Entre 2011 et 2016, le budget « naval » de la Russie devrait augmenter de 35 %, celui de la Chine de 57 %, du Brésil de 65 %, celui de l’Inde de 69 %. On nous dit : « ils partent de si loin. » C’est vrai, mais ils nous ont aujourd’hui dépassés en termes de tonnage. Celui des BRIC est supérieur à celui cumulé des marines française et britannique. Le tonnage ne fait pas tout, il y a le savoir-faire, la capacité à manier des systèmes d’armes complexes, polyvalents et interopérables. Méfions-nous, ils apprennent vite. Et, pendant ce temps là, nos marines vieillissent à force de repousser dans le temps le renouvellement des bâtiments.

Ne nous cachons pas la face, nous sentons poindre un risque de déclassement de la France, au moment où, faute de moyens, il faudra réviser nos ambitions.

Pour conjurer cette évolution, il n’y a pas trente-six voies, il nous faut créer de la richesse, retrouver de la croissance. L’économie maritime peut y contribuer. Il y a là, comme vous l’avez souligné, de nouvelles filières industrielles qui peuvent être les emplois de demain. L’État peut accompagner ces filières d’avenir, mais il faut trouver la juste mesure.

C’est tout le défi auquel sont confrontés les pouvoirs publics aujourd’hui : réduire les dépenses sans injurier l’avenir. C’est pourquoi, il faut bien réfléchir à la pertinence des choix que nous serons amenés à prendre dans les prochains mois en matière d’investissement et de défense, et garder à l’esprit le « temps long ». J’espère que l’université d’été y contribuera.

 

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Published by André TRILLARD - dans Au Sénat
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