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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 10:03

ACORAM
Association des officiers de réserve de la marine
Intervention de M. André Trillard, sénateur de Loire Atlantique
Membre du Bureau de la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat
Mardi 2 juin 2015
Salle Vaugirard


En tant qu’officier de la réserve citoyenne, je suis heureux de vous accueillir au Sénat aujourd’hui. Mais outre le fait de vous retrouver dans un cadre prestigieux et chargé d’histoire que nous aurons l’occasion de visiter tout à l’heure, vous vous demandez peut être comment le Sénat peut peser sur les décisions qui concernent la défense et singulièrement la Marine.
Il est vrai que si vous rechercher le lien entrer « Sénat » et « marine » sur Google vous allez trouver plus de connections avec Marine Le Pen qu’avec la Marine nationale.
Pour ne pas vous laisser sur cette idée déformée, j’ai donc décidé de vous décrire le mode de fonctionnement et d’action de notre commission.


Je voudrai d’emblée vous signaler l’une des particularités de notre commission qui la différencie de celle de l’Assemblée nationale : nous couvrons l’ensemble du secteur de la politique extérieure ET de la défense. Cela nous permet d’avoir une vue globale et géopolitique qui est un facteur de cohérence important. Il me semble que s’agissant des enjeux maritimes, de la protection, de la surveillance de notre espace maritime, le deuxième au monde, qui représente notre avenir en termes de ressources et d’influence, cette « double casquette » est un atout majeur. Nous avons développé ces analyses dans le rapport de notre commission sur la maritimisation que j’ai co-présidé avec mon collègue Jeanny Lorgeoux.
« La guerre étant la continuation de la politique par d’autres moyens » il est important pour notre commission d’avoir une vue globale sur l’outil diplomatique et sur nos moyens armés, qui en sont les bras armés.


Dans ce contexte, notre commission, comme celle de l’Assemblée nationale, est en liaison constante avec les responsables des forces armées, à tous les niveaux, que ce soit celui de ses chefs comme celui des commandants des unités que nous visitons et que nous auditionnons régulièrement et, point que je tiens particulièrement à souligner, celui de nos soldats.
Je pense qu’il est particulièrement important que nous manifestions concrètement lors de nos déplacements, en France, auprès de nos forces de souveraineté ou prépositionnées, ou encore en OPEX, l’intérêt, la fierté, l’estime et l’admiration que nous avons pour nos forces armées et pour ceux qui les composent au service de notre pays.
Je pourrai résumer notre rôle en paraphrasant le mot de Clémenceau : « la guerre est une chose trop sérieuse pour la confier à des militaires », en disant que les questions de défense sont trop graves pour les laisser au seul Exécutif et à ses conseillers ministériels.
Pourquoi s’interroger en introduction de mon propos sur les liens entre Parlement et défense nationale ? Est-ce parce que les questions de défense, comparées à d’autres, se posent au Parlement en des termes particuliers ? Est-ce parce que le rôle du Parlement n’est pas de même nature selon qu’il traite de la défense ou d’autres domaines importants de la vie nationale ?
On peut sans doute avancer plusieurs séries explications qui légitiment cette interrogation. Certaines sont traditionnelles, permanentes, ne tiennent pas particulièrement aux institutions actuelles et se retrouvent dans d’autres pays. D’autres sont apparues plus récemment, avec les changements intervenus dans le monde de la défense et de la sécurité.
Parmi les explications traditionnelles figure bien évidemment le constat suivant : en France et dans bien d’autres démocraties, la défense, comme la diplomatie, sont des domaines dans lesquels les prérogatives de l’exécutif sont plus fortement marquées. C’est naturellement le Parlement qui définit, par la loi, le cadre dans lequel s’exercent ces prérogatives, et qui fournit les moyens, à travers le vote des budgets. Mais l’outil militaire et l’outil diplomatique sont, plus que d’autres, entre les mains de l’exécutif. Ainsi, sous les différents régimes, on peut constater que la défense à toujours fait exception aux règles générales définissant l’équilibre entre exécutif et législatif.
A cette constante dans nos institutions s’ajoutent des éléments plus récents qui renouvellent les termes de la question.
Le premier tient aux modifications du contexte stratégique. La menace directe aux frontières a disparu, laissant place à une perception beaucoup plus diffuse des enjeux. A tort ou à raison, les fondements d’une politique de défense n’apparaissent plus aussi clairement à l’opinion publique. Les crises éclatent sur des théâtres lointains. Le citoyen n’en saisit pas toujours les répercussions sur sa propre sécurité. La notion de menace elle-même évolue et chacun comprend bien, avec le terrorisme, qu’elle n’est pas seulement militaire. Plus récemment l’apparition de cet hybride que constitue Daech (ISIS) nous place devant un nouvel avatar d’une organisation qui a certaines caractéristiques d’un Etat, mais qui reste une organisation terroriste et qui utilise tous les moyens du combat asymétrique, sans parler de sa maitrise de la communication et peut être de la cyber-attaque.
Devant ces nouvelles formes de guerre, on aurait tort de penser que l’essentiel de l’effort repose sur le combat à terre. Certes notre pays est l’un de seuls au monde et malheureusement le seul en Europe a avoir la capacité et surtout la volonté d’intervenir à l’extérieur de ses frontières, avec ses troupes, pour y défendre nos intérêts nationaux ou collectifs. Mais outre le fait que toutes les opérations sont interarmées, on voit à l’évidence l’apport de la Marien en Libye, dans le Sahel ou encore en Irak. Je n’hésite pas du reste à souligner cet engagement au sein de notre commission. L’extension de Vigipirate confiée en partie à l’armée de terre ne doit pas empêcher de s’interroger sur le point de savoir si c’est à nos forces armées de se déployer en force statique qui rassure peut-être, mais qui n’est pas dans sa vocation.
Face à ces mutations, il paraît naturel de se retourner vers le Parlement, car c’est en son sein que peut se forger un nouveau consensus politique national autour de l’effort de défense.
Un deuxième élément nouveau renforce le premier. C’est la suspension du service national sur laquelle on ne peut évidemment pas revenir même si des réflexions sont en cours pour en imaginer un avatar. Avec la professionnalisation, nous nous sommes dotés d’une armée beaucoup plus adaptée à ses nouvelles missions. Mais cette armée ne s’identifie plus de manière aussi évidente à la « Nation en armes », et de ce fait certains craignent que l’ancrage de l’armée dans la Nation ne soit plus aussi solide que par le passé. Ici encore, les regards se tournent assez naturellement vers le Parlement, et notamment ses commissions de défense, qui apparaissent désormais comme un maillon fondamental, même s’il n’est pas le seul, du lien entre l’armée et la Nation. C’est la raison pour lauqelle notre commission a décidé en octobre dernier de réaliser un rapport spécifique sur le lien armée-Nation confié à mes collègues Christian Namy et Alain Néri.
Troisième et dernier élément : la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 de modernisation des institutions de la Ve république qui a sensiblement rénové les rapports entre l'exécutif et le législatif notamment en matière de politique étrangère et de défense. C’est ainsi que l’article 35 de notre Constitution fait que le Parlement est informé de toute opération extérieure dans les trois jours, qu’un débat a lieu immédiatement et que la prolongation de l’opération au-delà de quatre mois doit faire l’objet d’une autorisation du parlement sanctionnée par un vote. Nous y sommes particulièrement vigilants et, dans un rapport de décembre dernier, avant l’autorisation de poursuivre l’opération Chammal, nous avons publié un rapport et essayer de dessiner les critères nous permettant d’arrêter notre décision au moment du vote.
Pour s’en tenir à ces considérations générales, on voit donc qu’il n’est peut-être plus tout à fait pertinent, s’agissant de la défense et du Parlement, de raisonner exclusivement en terme de pouvoirs et de rapport de force entre exécutif et législatif. Bien sûr, l’héritage historique demeure et la logique institutionnelle de la Vème République, tout comme le fait majoritaire, continuent de jouer. Mais nous ne sommes plus à l’époque où l’exécutif considérait avec méfiance un Parlement soupçonné de vouloir lui disputer la primauté. Pour les raisons que j’indiquais il y a un instant, les responsables de la défense sont aujourd’hui parmi les premiers à s’inquiéter de la place relativement modeste qu’occupent, dans le débat public, les questions de défense. Ils ont conscience qu’il serait contraire à leur propre intérêt d’en laisser le Parlement à l’écart. Alors que le projet de loi adaptant la LPM va arriver en débat cela me semble tout à fait évident.
Pour ne vous donner qu’un exemple, le Sénat et tout particulièrement notre commission a joué un rôle important dans la préservation du budget de la défense à 31,4 milliards d’euros. Depuis la commission du Livre blanc que nous avions préparé par la publication de douze rapports d’information, jusqu’au vote de la loi de programmation militaire, nous nous sommes battus pour aboutir in fine à l’arbitrage positif du président de la République, ceci clairement contre le ministère de l’économie et des finances. Et vous savez que le combat continue et qu’il nécessite une vigilance de tous les instants. Bien sûr, le ministre de la défense a été en première ligne mais je crois pouvoir affirmer que le résultat n’aurait pas été le même sans l’engagement total de notre commission qui a su mobiliser et faire pression.
Il faut conserver ces éléments à l’esprit lorsque l’on cherche à caractériser le rôle que le Parlement doit aujourd’hui jouer dans le domaine de la défense.
Ce rôle se retrouve dans le fonctionnement de notre commission. Vous trouverez à votre disposition une plaquette de présentation la concernant. Je voudrai insister sur deux points qui me permettront d’introduire le sujet de mon intervention. Ils constituent, je crois, une particularité du Sénat par rapport à L’Assemblée nationale.


J’ai déjà évoqué le premier : notre commission couvre à la fois la politique étrangère et la défense, je n’y reviens pas sauf pour insister sur une évidence. L’intervention armée n’est que l’un des aspects, rarement suffisant, de la réalisation des buts politiques que nous nous fixons. De ce point de vue, le fait d’avoir dans nos compétences l’Aide au développement et l’action extérieure de l’Etat est un atout. A une approche globale, il faut une vision et des moyens d’information globaux. Ce qui nous manque le plus souvent c’est une vision claire de la sortie de crise et du choix et des moyens des partenaires sur lesquels s’appuyer.
Notre seconde particularité est de nature politique. S’agissant de questions qui engagent l’intérêt national, les clivages entre formations constituant la majorité et l’opposition sont moindres que dans d’autres domaines comme le social ou l’économique. Nos sujets sont plus consensuels que d’autres. Cette remarque vaut pour l’Assemblée comme pour le Sénat. Mais au sein de notre commission nous avons décidé, depuis plus de huit ans, que l’ensemble de nos rapports, notamment budgétaires, sont établis sous la responsabilité de deux co-rapporteurs, l’une de la majorité et l’autre de l’opposition. La quasi-totalité des textes que nous examinons sont adoptés à l’unanimité en commission, ce qui n’empêche pas, le cas échéant, l’expression orale ou écrite des divergences d’analyses et, quelque fois, des votes de nature plus politique en séance publique comme on l’a vu récemment au moment du vote du budget de la défense en décembre dernier. Il est évident que cette cohésion de notre commissions et de ses membres rend très crédible et renforce le poids de nos interventions. Pour ma part, comme rapporteur du programme 144 ou comme auteur de rapports d’information, je fais équipe avec mon collègue Jeanny Lorgeoux et nous venons de présenter un rapport sur la prévention des conflits au travers de l’exemple du golfe de Guinée.


Autre point à savoir : chaque sénateur appartient à l’une des sept commissions permanentes et à une seule. La commission des affaires européennes, qui n’est pas une commission législative dans la mesure où elle n’est pas saisie de projets ou de propositions de lois, a cette particularité d’être composée de représentants des sept autres commissions. C’est l’exception qui confirme la règle.
La commission des AE et de la défense comporte 57 membres.
Ces caractéristiques et la réflexion liminaire sur l’équilibre, ou plutôt le déséquilibre, Exécutif-Législatif m’amènent à une remarque sur la méthode : c’est dans une logique d’influence plus que de pouvoir qu’il faut ici se placer pour avoir une idée exacte du rôle de nos commissions et cela est encore plus particulièrement vrai pour la CAED.
Si toutes les remarques ou les préconisations parlementaires ne sont pas systématiquement suivies d’effet, nombreux sont les exemples montrant que, sans être directement impliqué dans la phase décisionnelle, le Parlement peut exercer une influence indirecte non négligeable sur la prise en compte de certains problèmes pour peu qu’il les anticipe.
Parmi des exemples nombreux, je voudrai en citer deux qui décrivent bien notre méthode.
Le premier est celui de notre participation à la Commission du Livre blanc, et le second est celui du partenariat franco-britannique.


Trois sénateurs et trois députés, dont les deux présidents de commission es-qualité, ont participé à la commission du Livre blanc, présidée par M. Jean-Marie Guéhénno, tant en plénière que dans les groupes de travail.
Je vous disais qu’au cours des années le rôle du parlement s’est affirmé, ce qui est une évolution démocratique évidemment très souhaitable et positive. C’est le cas pour notre participation au Livre blanc. Ce qui a changé depuis 2008 c’est l’esprit dans lequel cette commission fonctionne, de manière beaucoup plus ouverte et positive qu’auparavant. Je ne peux que m’en féliciter. Mais cette ouverture et ce poids numérique accru ne suffiraient évidemment pas à nous permettre une influence. C’est en anticipant que nous pouvons espérer peser sur les choix à venir.
Nos travaux se sont étalés pratiquement sur un an depuis l’annonce de la revue du Livre blanc en septembre 2011 par le précédent Président de la République jusqu’à la mise en place effective de la commission en août 2012.
Nous avons ainsi été en mesure d’apporter nos réflexions et de le faire utilement en ayant approfondi les thèmes qui nous semblaient les plus pertinents. Notre objectif était de nous permettre une pleine et utile participation à la commission dès sa nomination.
Ces travaux avaient été précédés par trois rapports d’information portant sur les approvisionnements stratégiques de la France, sur la réforme de la fonction anticipation et sur un premier bilan de la réintégration complète de notre pays au sein de la structure intégrée de l’OTAN.


En six mois nous avions publié 7 rapports d’information supplémentaires qui couvraient très largement les thèmes du Livre blanc :
Le rapport sur l’évolution du contexte stratégique depuis 2008,
le rapport de Gilbert Roger et André Dulait sur les bases de défense, « une réforme à conforter ».
le rapport sur les capacités industrielles militaires critiques de Daniel Reiner et Yves Pozzo di Borgo,
le rapport sur l’avenir des forces nucléaires de Didier Boulaud et Xavier Pintat,
le rapport sur la France face à la nouvelle géopolitique des océans, ce que nous avons appelé la « Maritimisation ».

Sur celui-ci, juste une anecdote qui m’a beaucoup amusée. Un haut responsable de l’armée de terre, ignorant qui j’étais, vilipendait devant moi ce rapport et ce vocable et s’interrogeait sur l’horriblius qui avait pu inventer ce néologisme absurde. Je me suis présenté naturellement.
Sixième rapport, le rapport sur la cyberdéfense de Jean-Marie Bockel,
enfin, le rapport sur le format et l’emploi des forces armées de Jean-Marc Pastor et André Dulait au titre un peu provocateur puisque nous parlions d’une format « juste insuffisant ». Je vous renvoie à la partie spécifiquement « marine » de ce rapport dont l’orientation me semble toujours actuelle.
Avec les co-présidents de chacun de ces groupes de travail représentants la majorité et l’opposition de notre commission, ce sont plus de trente de nos membres, sur 57, qui ont suivi ces travaux. Pour donner la mesure de notre travail nous procédé à 132 auditions, dont plusieurs en commission plénière ou en réunissant des panels d’experts lors de tables rondes, et fait 16 déplacements. Chacun de ces rapports comportait évidemment des propositions.
Ce travail préalable nous a permis non seulement d’informer l’ensemble de la commission sur les problématiques du Livre blanc mais surtout d’occuper toute notre place et de faire entendre notre voix au départ des travaux mais tout au long de ceux-ci et, bien sûr, au moment de la rédaction du rapport final.


Vous comprenez bien, à travers cet exemple, que notre pouvoir d’influence n’existe réellement que s’il s’appuie sur un très important travail d’anticipation en amont des décisions. Cela vaut dans tous les domaines. Notre capacité de peser sur la décision ne serait pas nulle, mais nettement moindre, si nous attendions les propositions du gouvernement. Notre force, comme en matière militaire, c’est l’initiative et l’anticipation, l’action plutôt que la réaction, l’offensive et la manoeuvre plutôt que la ligne Maginot. Nous n’ignorons pas pour autant la défense dans la profondeur et l’utilité des ouvrages défensifs.
La meilleure preuve de la réussite de cette stratégie c’est que le gouvernement a choisi de faire examiner la loi de programmation militaire 2014-2019 en premier par le Sénat et non par l’Assemblée nationale, ce qui a constitué une « première » en la matière.
L’examen de cette LPM nous a permis de renforcer de manière très significative les pouvoirs du parlement.
Nous nous sommes notamment doté de la possibilité de faire des contrôles sur pièces et sur place dans les administrations. Nous avons mis ce pouvoir en œuvre en juin dernier en allant au ministère des finances et au Trésor chercher les documents nécessaires à notre contrôle sur l’effectivité des recettes exceptionnelles (la vente des biens immobiliers et des fréquences hertziennes) qui assurent l’équilibre de la LPM. Je vous siganle que nous n’avons jamais cessé de faire pression sur l’Exécutif pour qu’une solution soit trouvée pour pallier l’absence de réalisation de ces ressources exceptionnelle en 2015. Et vous pouvez compter sur la poursuite de notre vigilance.
Nous avons également exigé des rapports et des débats sur l’exécution de cette LPM, sur les Opérations extérieures ;
Nous avons renforcé nos pouvoirs de contrôle des services de renseignement intérieurs et extérieurs. Notre commission, comme la commission des Lois est pleinement impliquée dans l’examen du projet de loi sur le renseignement et ej suis personnellement intervenu pour que les aspects « marine » ne soient pas oubliés.
Nous avons renforcé les mesures de bonne exécution de la LPM en obligeant le gouvernement à prendre sur le budget général et non sur le budget de la défense le coût des opérations extérieures.
Je voulais vous dire que nous entretenons une très réelle relation de confiance avec le ministre de la défense, son cabinet et ses services. Nous auditionnons sans aucune autre contrainte que celle d’informer le ministre, l’ensemble des responsables de la défense qu’ils soient civils et militaires. Nous recevons un très grand nombre de document estampillés « CONDIDENTIEL DEFENSE » ou « SECRET DEFENSE ». Les administrateurs de nos commissions sont habilités « secret défense » et cela couvre tout aussi bien le domaine nucléaire comme le domaine de l’armement conventionnel.
J’en viens à mon deuxième exemple d’anticipation : nous avons procédé de la même façon que pour la LPM et le Livre blanc, pour le partenariat franco-britannique.
Début 2010, le président de la commission, Josselin de Rohan (UMP) et Daniel Reiner (SOC) ont effectué une mission au Royaume Uni pour évaluer les possibilités de la coopération bilatérale de défense entre la France et le Royaume-Uni.


La Grande Bretagne venait de publier son livre vert, lequel désignait la France comme le partenaire central en Europe, tout comme les Etats-Unis le sont pour le Royaume Uni au niveau mondial. Il s’agissait, à quelques semaines des élections britanniques, dont tout indiquait qu’elles allaient aboutir à un changement politique, de rencontrer le Ministère de la défense, l’opposition conservatrice et le gouvernement travailliste encore au pouvoir afin de nous faire une idée sur la volonté britannique d’approfondir la coopération de défense entre nos deux pays.
La démarche était essentiellement politique et d’ailleurs, dans l’introduction du rapport d’information publié en juillet 2010, nos collègues indiquaient que : « Les choix de coopération qui seront faits ne sont pas seulement des choix techniques et financiers. Ils sont stratégiques et politiques. C’est la raison pour laquelle le Parlement se doit de suivre l’évolution de ces négociations et la mise en oeuvre des décisions qui seront prises. »
La proposition finale de ce rapport était de constituer un groupe constitué de représentants des commissions de la Chambre des communes, de l’Assemblée nationale, de la Chambre des Lords et du Sénat, sous la présidence de leurs présidents. Ce groupe serait l’interlocuteur du groupe de haut niveau des DGA qui existait dans le cadre des accords de Saint Malo. Il était proposé de le réunir, sur une base semestrielle, alternativement en France et en Grande- Bretagne.
Puisque le Sénat était à l’origine de cette proposition, la première réunion s’est tenue fin 2010 au palais du Luxembourg et les rencontres se sont succédées depuis cette date.
Je vous fais remarquer que la création de ce groupe a précédé la signature des traités de Lancaster House, le 2 novembre 2010. Le fait que notre commission ait été motrice dans ce domaine a fait que le gouvernement a déposé le projet de loi autorisant la ratification en premier lecture du traité sur le volet nucléaire sur le bureau du Sénat.
Il n’est pas dans notre sujet d’examiner les résultats de cette coopération, particulièrement entre nos deux marines. Je suis néanmoins préoccupé par les coupes budgétaires du gouvernement Cameron en matière de défense. Même si, comme vous le savez bien, la coopération et l’estime entre nos deux armées fonctionne bien – en dépit néanmoins d’un arrière fond historique dont il est difficile de faire totalement abstraction….- on ne peut être qu’inquiet sur la volonté de l’Europe dans son ensemble de se doter d’un outil de défense. La crise ukrainienne pourrait cependant changer cette approche.
Notre commission, dans la mesure où elle saura préserver cette capacité d’anticipation, influence donc de manière significative les choix des gouvernements successifs en matière de défense.
Pour conclure, je voudrai tenter de répondre à une question : en tant que réservistes de la marine vous pouvez vous interroger sur la manière dont nous prenons en compte les intérêts de cette armée.


Tout d’abord, il faut savoir qu’en dehors des rapports spécifiques que nous pouvons réaliser, comme celui sur la maritimisation ou celui sur le golfe de Guinée, nous avons fait le choix, il y a huit ans, de calquer nos rapports budgétaires sur le schéma lolfien, c’est-à-dire par mission et par programme. C’est une différence importante par rapport à l’Assemblée nationale qui continue à publier trois rapports – un par armée – sur le programme 178 préparation et emploi des forces. Le rapport Marine de l’Assemblée nationale est réalisé par le député Gilbert Le Bris. Cela ne signifie nullement que le Sénat s’intéresse moins que la chambre basse à la Marine, ou à l’armée de terre, ou à celle de l’air. Il nous a simplement semblé plus logique de suivre l’intégration des armées dans une optique d’interarmisation qui correspond mieux à la réalité des choses tant budgétaire qu’opérationnelle.
Il est pourtant évident que, si chaque armée défend ses intérêts, c’est sans jamais perdre de vue l’intérêt général de la défense. S’il nous revient de contrôler, d’interroger, de suivre très précisément les discussions et les arbitrages, je considère que ce sont aux chefs militaires de trouver le bon point d’équilibre entre eux sous l’autorité du Chef d’état-major des armées et, bien sûr mais peut être subsidiairement, du ministre. C’est du reste ce qu’il advient lors de l’élaboration d’une LPM et nous savons bien que la construction d’un outil militaire s’inscrit dans le temps long à la fois des programmes mais aussi, et peut être surtout des hommes qui les servent de leurs compétences et de leur savoir-faire. Des arbitrages sont nécessaires mais il serait absurde de déshabiller Paul pour habiller Pierre.
Ce à quoi il faut veiller c’est que la conjoncture ne prime pas sur la construction d’un outil cohérent. Je ne donnerai qu’un exemple : celui des deux BPC originellement destinés à la Russie. Parmi les solutions de leur reprise par notre pays on a pu citer, leur destruction, leur vente à l’étranger soumise à l’accord des russes, ou la reprise par notre marine qui n’en a pas besoin et qui se ferait au détriment des FREMM. Ce serait évidemment absurde et nous pouvons dénoncer cette hypothèse en argumentant de la cohérence d’une construction qui s’inscrit elle-même dans une gestion de la pénurie. Je reprends la formule de l’un de nos rapports de 2011 : nous avons « un format tout juste insuffisant ». Je rends ici hommage à la qualité des hommes, à leur compétence, leur dévouement qui nous permettent, dans des conditions extraordinairement difficile de tenir notre rang et de répondre présents pour la défense de nos intérêts.
Ce qui me semble certain, et je crois cette conviction partagée par l’ensemble de la commission, c’est que la marine est la priorité des nations qui ont une ambition sur la scène internationale. Je ne reprendrai pas un argumentaire que vous connaissez par cœur, mais indiscutablement la mer est l’avenir de la terre et notre pays avec sa présence sur toutes les mers grâce à ses « confettis de l’empire » a des atouts particuliers qui nous permettront de rester une des grandes puissances des décennies à venir.
Jusqu’à présent je n’ai pas entendu dans les déclarations officielles d’indications de renoncement à notre ambition et à notre rôle de membre permanent du Conseil de sécurité et de puissance nucléaire.
Il faut toutefois prendre garde à n’avoir devant nous que cet horizon. Un des axes de mes réflexions sur la marine est de montrer son engagement immédiat et permanent en termes de sécurité pour notre pays. Pas seulement la sécurité des approvisionnements, des voies d’accès maritimes, de la dissuasion. Il s’agit tous les jours de la sécurité du territoire, de la lutte contre le terrorisme ou les trafics etc….


Vous le voyez j’ai abordé cette présentation sous un angle plus politique que technique mais vous conviendrez que c’est pour cela sans doute que j’ai été élu.
Vous trouverez dans la plaquette de présentation de notre commission les indications sur l’ensemble de nos activités législatives, de contrôle et d’information.
Je vous remercie et suis prêt à répondre à vos questions







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Published by André TRILLARD - dans Sénat
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